La morale et les passions : Commentaires (2/4)

Le grand maître Kong disait : « Seul un homme pleinement humain sait bien aimer et bien haïr. » [Confucius, Entretiens, IV, 3] L’homme est naturellement porté vers l’amour et la haine. Quand il manque d’équilibre, pourtant, sa sagacité et son discernement s’étiolent ; il n’appréhende que la surface immédiate des choses ; il oublie l’amour possible derrière la haine, ainsi que la haine possible derrière l’amour. Il diabolise l’ennemi pour mieux idéaliser l’ami, prisonnier de ses représentations imaginaires. L’amour et la haine de l’homme de peu sont immatures, tout d’un bloc, focalisés sur l’instant. On comprend donc pourquoi la discipline structure symboliquement, et pourquoi aussi l’accès au symbolique se traduit essentiellement par l’inscription dans une temporalité médiatrice, qui permet de faire porter le regard au-delà de la situation présente, de lui donner une profondeur et une épaisseur qu’elle n’a pas chez des âmes superficielles et désorientées.

Le même défaut de discipline se manifeste souvent en art. L’attrait pour le spectaculaire traduit ainsi une fixation sur l’immédiateté de l’action, tandis que la finesse psychologique et la rigueur narrative, ou simplement l’harmonie de la construction, créent une  perspective signifiante. Nos goûts artistiques sont conformes à notre caractère : il y a dans l’art une dimension morale, en ce que les oeuvres elles-mêmes traduisent certaines dispositions existentielles. Or, ce sont également ces dispositions qui déterminent au fond si nous sommes bons ou mauvais. 



Thibault Isabel